Quelle est la place thérapeutique du jeûne ?

Quelle est la place thérapeutique du jeûne ?

Certaines personnes décident de jeûner pendant un temps plus ou moins long pour des raisons religieuses, spirituelles, culturelles (Ramadan, Carême) ou esthétiques (perte de poids). On entend de plus en plus parler des bienfaits du jeûne. Il pourrait même être bénéfique pour lutter contre les maladies métaboliques ou le cancer. Qu'en est-il exactement ? Que nous dit la science sur la place thérapeutique du jeûne ? Médiprix fait le point sur le sujet.

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Qu’est ce-que faire un jeûne ? Quels sont ses effets sur le métabolisme ?

Le jeûne est une privation volontaire de nourriture. L’absence d’apports alimentaires induit une cascade métabolique adaptative. Au fur et à mesure que le jeûne se prolonge, l’organisme change de source énergétique pour alimenter les tissus et les organes (1).

Dans un premier temps, dans les 7 premières heures du jeûne, l’organisme procède à la glycogénolyse hépatique, c’est à dire à la transformation du glycogène du foie en glucose. C’est un jeûne physiologique que nous pratiquons tous : le jeûne nocturne. En effet, la plupart du temps, nous ne mangeons rien entre 23 heures et 7 heures, soit 8 heures de jeûne quotidien (1).

Dans un second temps, lorsque les réserves de glycogène sont épuisées, la néoglucogenèse hépatique se met en route dans le foie : du glucose est synthétisé à partir de composés non glucidiques comme le lactate, les acides aminés ou le glycérol (1).

Dans un troisième temps, après 24 à 48 heures de jeûne, l’organisme se tourne vers les réserves adipeuses et produit des corps cétoniques : c’est la cétogenèse. Les organes sont approvisionnés en corps cétoniques pour remplacer le glucose déficient. A ce stade, notre corps réduit ses dépenses énergétiques au repos (1).
Dans un quatrième temps, la protéolyse musculaire se met en place pour fournir les substrats de la cétogenèse. Les muscles fondent. Les dépenses énergétiques de l’organisme sont réduites au minimum (1).
Dans un cinquième temps, l’organisme puise dans la masse maigre pour former des substrats énergétiques : c’est l’autophagie. Sous réserve d’un apport en eau et en électrolytes suffisant, une personne peut survivre pendant environ un mois sans se nourrir (1).

Qu’est ce que le jeûne Buchinger ? Comment pratiquer le jeûne ? Quelles sont les différentes méthodes ?

Le docteur Otto Buchinger est un médecin allemand (1878-1966). Il a été le premier à parler de jeune thérapeutique. Le jeûne Buchinger est un type de jeune thérapeutique qui se pratique sur plusieurs jours en clinique. Il existe plusieurs programmes : jeune total ou jeune partiel.
Il existe plusieurs méthodes de jeûne volontaire, thérapeutique ou non.

  • Le jeûne intermittent : période jeûne total de 24 à 72 heures entre deux périodes d’alimentation normale.
  • Le jeune périodique : période de jeûne de une à trois semaines, souvent proposé par des établissements spécialisés.
  • Le jeune calorique : apports énergétiques inférieurs à 350 kcal/jour.
  • Le régime cétogène : suppression des glucidiques des prises alimentaires et remplacement des apports énergétiques par des lipides.

Le jeûne peut-il être bon pour la santé ? Quels sont les bienfaits et bénéfices du jeune ?

Bien que des effets positifs aient été rapportés (métabolisme, inflammation, stress oxydatif), les études disponibles n’ont pas été correctement menées et ne permettent pas de conclure (études non randomisées, faibles effectifs, pas de contrôle) (1).

D’autres équipes se sont intéressées au jeûne thérapeutique. Le jeûne intermittent serait associé à une réduction du risque de maladies cardio-vasculaires, de syndromes métaboliques et de diabète. Cependant, la qualité méthodologique de ces études n’est pas satisfaisante. Il serait intéressant que des études cliniques randomisées contrôlées soient menées pour mieux comprendre les effets du jeûne thérapeutique (1).

En revanche, des essais menés chez les animaux ont été plus concluants. Le jeûne intermittent a des effets bénéfiques permettant de retarder les processus de vieillissement chez les rongeurs et donc la survenue de maladies (1).

Est-ce que jeûner peut être dangereux ?

La pratique du jeûne thérapeutique n’est pas sans risques. Il peut provoquer des maux de tête et des malaises. Au delà d’une certaine durée, propre à chacun, le jeûne peut entraîner une anémie, une fibrose hépatique, une dégradation du capital osseux, des troubles du rythme cardiaque (2).
Certaines populations doivent être particulièrement vigilantes et en pas pratiquer le jeûne thérapeutique : les femmes enceintes ou allaitantes, les enfants, les adolescents, les personnes âgées, les sportifs (2).

Jeûne et chimiothérapie : le cas particulier du cancer

Le jeûne thérapeutique a la réputation de prévenir voire de traiter les cancers. Ce postulat est basé sur la théorie suivante. Nos organismes accumulent au cours de la vie des radicaux libres. Ceux-ci sont à l’origine de dysfonctionnements cellulaires et de mutations de l’ADN qui peuvent donner naissance à des cancers. Or, lors de la phase ultime du jeune, lors de l’autophagie, des mécanismes de protection cellulaire se mettent en place. Ceux-ci réduisent le capital en radicaux libres (1).

Certaines données suggèrent que la pratique du jeûne lors des cures de chimiothérapie pourrait augmenter l’efficacité des traitements, protéger les tissus sains et donc diminuer les effets indésirables. A ce jour, nous ne disposons pas de données cliniques permettant de confirmer cette hypothèse (1).

Il est difficile de mener des essais de bonne qualité dans ce domaine. Par exemple, un médicament est toujours testé versus placebo et en double aveugle : ni le médecin, ni le patient ne savent si c’est le placebo ou le médicament qui a été administré. Cette méthode est impossible à mettre en oeuvre avec le jeûne. De plus, il peut être difficile de proposer un jeûne à un patient dont l’état général est déjà dégradé. Le taux de dénutrition chez les patients cancéreux est souvent élevé (1).

Sources

(1) Revue médicale suisse. Le jeûne dans la santé et pendant la maladie. Publié en mai 2018. Consulté le 27 juillet 2022.
(2) Ministère de la santé et des solidarités. Le jeûne à visée préventive ou thérapeutique. Publié en mars 2015. Consulté le 27 juillet 2022.

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